Corrigé de la partie QCM de l’examen du 16 mai 2013

21 Mai 2013

Le QCM que vous avez passé, mais avec la bonne réponse cochée, cette fois.

Au XXe siècle :

◼ La définition même de l’art devient problématique.
◻ En peinture, une grande querelle se fait jour entre les tenants de la beauté classique et les défenseurs du réalisme.
◻ L’art quitte l’espace plan de la toile et apparaissent des œuvres en trois dimensions, comme les ready-made de Marcel Duchamp

Si aucune des réponses proposées ne résume entièrement les problématiques du siècle, la seconde est nettement un anachronisme (la querelle du réalisme, c’est en plein XIXe) et la troisième un contresens intégral, mais qui en a piégé plus d’un : pourtant, les œuvres en trois dimensions, ça commence à la préhistoire, pas avec Duchamp…

Un élément essentiel à la compréhension des spécificités de l’art du XXe siècle :

◼ L’invention, au long du XIXe siècle, d’un champ autonome de l’art, qu’on peut résumer en un mot par : passage d’un art de commande à un art de collectionneur.
◻ L’invention d’Internet.
◻ La séparation de l’église et de l’État en 1905, qui permet l’apparition d’un art laïque.

C’était surtout l’objet du second TD. La seconde réponse est nécessairement un contresens : internet, c’est le dernier quart du siècle. La dernière est plus retorse, mais l’art se laïcise bien avant la loi de 1905…

Et une œuvre d’art, au XXe siècle, ce serait plutôt :

◻ Un objet.
◻ Une émotion.
◼ Un problème.

Un objet, pas toujours (pensez à la performance ou à la vidéo…), une émotion non plus (pensez cette fois aux ready-made…) , un problème, nettement plus souvent.

Commenter une œuvre d’art:

◼ C’est rendre compte du fonctionnement interne de l’œuvre et de la façon dont elle prend place dans l’art du passé et contemporain.
◻ C’est déchiffrer l’intention de l’artiste, ce qu’il ou elle revendique et/ou ce contre quoi il ou elle lutte.
◻ C’est inutile et dangereux. L’œuvre ne peut être reçue que de façon purement émotionnelle, le commentaire ne peut jamais que détruire ce qui est essentiel en elle.

L’intention de l’artiste n’est pas la question de l’œuvre, c’est même le genre de banalité qu’on gagne à éviter si on veut comprendre quelque chose à une œuvre d’art. Quant à la lecture purement émotionnelle, il n’est pas interdit d’y croire, mais dans ce cas, il faudrait peut-être changer de voie…

Chris Burden : Shoot, 1971. Dans cette performance où l’artiste se fait tirer volontairement une balle dans le bras, il s’agit de:

◻ Questionner notre rapport à la douleur, et dire que les sociétés modernes entretiennent une relation au corps de plus en plus aseptisée.
◼ Poser autrement une question de sculpture.
◻ Dénoncer la libre circulation des armes aux États-Unis.

Ça, c’était une question de cours pure et dure. TDs 1, 2 et 3.

Marcel Duchamp:

◻ Un peintre qui a voulu proposer une esthétique du mouvement plutôt que de la forme statique.
◻ Un sculpteur qui a voulu nous montrer la beauté ignorée du banal et de l’ordinaire.
◼ Un artiste qui a voulu faire de l’art une question plus intellectuelle que strictement plastique.

Une fois n’est pas coutume, la première réponse fausse n’est pas vraiment fausse : ce n’est pas une absurdité de dire de Duchamp qu’il s’est, en tant que peintre, intéressé à la figuration du mouvement. Mais c’est loin d’être l’essentiel de l’œuvre, et il n’est certainement pas celui à qui la définition s’applique le mieux. Un sculpteur, pourquoi pas, mais “qui a voulu nous montrer la beauté ignorée du banal et de l’ordinaire” , non : la question des ready-made n’est pas celle de la beauté cachée des choses…

La mariée mise à nu par ses célibataires, même (Le grand verre) :

◼ Est une sorte de “mise en mouvement” d’éléments du lexique duchampien, dans une machinerie improbable où circulent “eau et gaz”.
◻ Est un ready-made qui a pour particularité d’être entièrement de la main de l’artiste, alors que les autres (à l’exception de Why not Sneeze, Rrose Sélavy) sont plutôt des objets manufacturés simplement achetés et signés.
◻ Est le titre d’un long poème érotique co-écrit par Marcel Duchamp et Constantin Brancusi.

Question de cours, facile par élimination : un ready-made entièrement de la main de l’artiste, c’est un oxymore. Quand au long poème érotique… il n’existe pas.

Les ready-made de Marcel Duchamp:

◼ Sont des objets choisis parce qu’absolument quelconque, ni beaux ni laids, pour critiquer l’attachement à la “beauté”.
◻ Sont des objets tellement courants qu’on ne les regarde plus, exposés comme œuvres d’art pour que nous (re)découvrions leur beauté oubliée.
◻ C’est une façon pour un sculpteur de se moquer de la nullité de la peinture d’avant-garde, en faisant quelque chose d’aussi médiocre, mais en volume.

Pure question de cours encore… revoyez l’entretien de 1967 sur le site de l’INA.

Pour Duchamp, le langage est:

◼ Une construction artificielle qui masque la vivacité naturelle de la pensée, qu’il faut donc tenter de vaincre à coups de jeux de mots et de non-sens.
◻ Le seul moyen de donner un sens aux ready-made, qui sans leur titre ne seraient que des objets désespérément banals.
◻ Absolument pas une question, car l’art a plutôt à voir avec la construction de “machineries érotiques” (le Grand verre) ou la platitude soigneusement travaillée des readymades.

Question de cours, idem. Sur la deuxième réponse : ôter leur banalité aux ready-made n’est pas un but pour Duchamp.

La photographie. Inventée vers 1839,

◻ Elle ne sera jamais vraiment une forme artistique, mais plutôt la source de nouveaux problèmes pour les artistes, surtout les peintres.
◻ Elle marquera immédiatement le mort de la peinture représentative et la naissance de l’art abstrait.
◼ Elle est pensée d’abord comme un outil pour l’observation du monde puis prend progressivement une place autonome dans l’art en se distinguant de la peinture et du dessin.

“Jamais vraiment une forme artistique”, c’est une absurdité. L’art abstrait ne naît pas en 1839…

Et on attribue généralement son invention à:

◼ Nicéphore Niepce et Louis Daguerre.
◻ Les frères Lumière (Auguste et Louis)
◻ Thomas Edison et Nikola Tesla.

Pure question de cours… Les frères Lumière ont pourtant eu un succès étonnant dans les copies. Il faut se méfier des noms connus :-)

Une particularité essentielle de l’image photographique par rapport au dessin ou à la gravure :

◻ Sa rapidité.
◼ La promesse de vérité qu’elle porte.
◻ Elle est en couleurs.

La promesse de vérité, c’est le “ça a été”, l’idée que ce qui est sur la photographie s’est réellement produit. C’est là une caractéristique essentielle, qui a été longuement discutée autour du sixième ou septième TD. La rapidité et la couleur ne le sont pas : une photo peut être plus longue à faire qu’un dessin, et un dessin ou une gravure peuvent très bien être en couleurs…

La photographie, c’est :

◼ La production d’images par la combinaison d’une chambre noire (camera obscura) et d’une surface sensible à la lumière.
◻ Un système qui permet de fabriquer des images instantanément.
◻ Une méthode d’enregistrement objective qui produit des images d’une authenticité absolue.

Là, c’était “juste” une question de définition : la photographie n’est pas nécessairement instantanée, et ne garantit ni l’objectivité, ni l’authenticité. La photo, c’est la chambre noire et la surface sensible, et le reste n’est que bavardages.

Picture for Women, de Jeff Wall, cite indirectement deux toiles célèbres : Les ménines de Vélasquez et le Bar aux Folies-Bergères de Manet…

◼ … et poursuit les questions qui s’y posent, en cherchant à voir comment elles peuvent se poser spécifiquement à la photographie.
◻ … et affirme que la photographie a atteint le niveau de la peinture en montrant que les questions qui se posent dans ces deux toiles s’y retrouvent à l’identique.
◻ … et affirme que la photographie prolonge la peinture en étant toujours un regard sur une femme : celui du peintre sur la reine chez Vélasquez, de “l’homme dans le miroir” sur la serveuse chez Manet, et de Wall lui-même sur son modèle).

L’ambiguité était entre les deux premières réponses, mais le langage de Jeff Wall, on l’a vu, est photographique. Il ne refait ni Manet, ni Velasquez — ne serait-ce que parce que Manet, au moins, est impossible à refaire en photographie, et que la photographie de Wall ne pourrait pas être en peinture. Donc, “à l’identique” : non.

Et au fait, qu’est-ce qui est vraiment en jeu dans ces trois tableaux ?

◻ La présence (ou l’insistance) d’un miroir : symbole de la vanité, il montre l’orgueuil qu’il y a à vouloir représenter le monde.
◼ La présence (ou la présentation) de la représentation elle-même, dans le jeu des regards qui soutiennent et affirment la présence de cette représentation.
◻ Le regard masculin sur une femme.

La troisième est une absurdité de mauvais goût ; la présence d’un miroir aurait pu être une réponse acceptable, mais le miroir nulle part ne fonctionne comme symbole.

L’œuvre des époux Becher, cet enregistrement systématique d’éléments de patrimoine industriel :

◻ Constitue une archive à la fois nostalgique et politique d’un passé industriel révolu, en documentant des processus de fabrication en passe d’être oubliés.
◼ Constitue un catalogue de formes abstraites, nées de la mise en rapport d’objets similaires.
◻ Cherche à montrer comment ces bâtiments désaffectés peuvent acquérir une nouvelle valeur en révélant leur caractère sculptural.

Aucune réponse n’est absolument fausse, mais les Becher ne document pas des “processus de fabrication”, et ne forment pas une “archive nostalgique et politique”. La troisième réponse est juste un peu trop triviale. Seule la deuxième est rigoureusement juste : les Becher, c’est un questionnement sur la forme.

La perspective est le nom:

◻ De la loi objective de toute représentation
◼ D’une convention picturale qui apparaît à la Renaissance, se prolonge dans la photographie mais n’est plus systématiquement poursuivie dans la peinture à partir du XIXe siècle.
◻ D’une norme définissant le résultat attendu de l’association d’un objectif et d’un capteur photosensible en photographie.

La perspective n’est ni “une loi objective” ni “une norme”, encore moins une norme de photographie…

Laquelle de ces œuvres n’a rien à voir avec la sculpture ?

◻ Les typologies de bâtiments industriels de Bernt et Hilla Becher.
◻ La performance Shoot de Chris Burden.
◻ La pelle à neige (In Advance of the Broken Arm}) de Marcel Duchamp.

C’était la question piège, annoncée oralement au début de l’examen. Toutes ces œuvres ont quelque chose à voir avec la sculpture.

L’œuvre d’Andreas Gursky, élève des Becher:

◻ Poursuit le projet documentaire des Becher, mais sous la forme de tableaux uniques et non plus de séries.
◼ Poursuit un projet d’apparence documentaire, mais finalement beaucoup plus proche de la peinture que du travail des Becher.
◻ N’a aucun rapport avec le travail des Becher, puisque lui fait des photographies en couleurs.

La question me semblait facile…

Le “land art”, dont Andy Goldsworthy est un important représentant :

◼ Est une pratique qui consiste à intervenir directement dans et sur le paysage.
◻ Est une pratique qui consiste à se déplacer sans cesse d’un lieu à l’autre et à ne jamais (ou presque) réaliser deux œuvres au même endroit.
◻ N’existe pas, c’est une question piège !

Le land art sur Wikipedia.

À la fin du XXe siècle, peuvent désormais être considérés comme œuvres d’art :

◻ Les peintures, sculptures, gravures, dessins, architectures, photographies, performances et pièces musicales.
◼ À peu près n’importe quoi, même un processus ou l’action de ne rien faire.
◻ Tout : tout est art désormais, la limite de l’art et du non-art est abattue.

La première réponse est quand même très XIXe, la troisième est excessive.