Le sexe inversé

Pathologies sexuelles et formation du transsexualisme, 1886–1980.

Il s’agit dans cette thèse de faire l’histoire de la formation du concept de «transsexualisme», et d’articuler cette histoire au sein d’un ensemble de transformations plus vaste qui voit une mutation massive de la totalité des concepts descriptifs de ces «pathologies» où l’identité sexuelle est mise en question : l’inversion sexuelle dans toutes ses manifestations, et l’hermaphrodisme.

La plupart des études historiques portant sur le transsexualisme en font soit une catégorie naturelle, et veulent rendre compte des progrès de sa description (par exemple Califia 1997 ; Meyerowitz 2002) ; soit une entité conceptuelle autonome dont elles retracent l’histoire des conditions de possibilité (Hausman 1992) ou décrivent sa formation en termes de conflits plus larges (Castel 2003). Sans prendre position sur la validité descriptive du concept en lui-même, cette thèse veut déterminer comment celui-ci apparaît au sein d’un mouvement plus général de séparation de la notion plus massive d’inversion sexuelle, qui regroupe de la fin du XIXe jusqu’aux années 1930 environ la totalité des phénomènes que nous distinguons en homosexualité, travestissement ou transsexualisme, et de spécification de ces “nouveaux” objets. La formation du transsexualisme semble à la fois accomplir et accompagner la réduction de la labilité de l’inscription individuelle du sexe à la seule possibilité d’un changement total ; là où l’inversion au contraire ne cessait de postuler des états intermédiaires et des altérations locales. Il s’agit donc enfin de mettre au jour, à l’arrière-plan de cette série de transformations, les transformations de la notion ordinaire de “sexe” qui sous-tend ces classes nosographiques. Ce sexe devient un attribut intangible, à la fois transcendant et incorporel ; le transsexualisme comme paradigme, c’est le primat absolu d’un sexe à la fois univoque et sans lieu, dont la vérité s’impose (et doit être imposée, chirurgicalement) au corps ; quand le modèle de l’inversion sexuelle le voyait toujours comme un attribut plus ou moins distribué, susceptible d’altérations locales.

Références citées

Califia, Pat (1997) : Sex Changes: The Politics of Transgenderism, Berkely : Cleis Press.

Castel, Pierre-Henri (2003) : La Métamorphose impensable. Essai sur le transsexualisme et l’identité personnelle, Paris : Gallimard.

Hausman, Bernice L. (1992) : Changing Sex: Transsexualism, Technology, and the Idea of Gender, Durham : Duke University Press.

Meyerowitz, Joanne (2002) : How Sex Changed. A History of Transsexuality in the United States, Cambridge et Londres : Cambridge University Press.